Paris pittoresque

La vue est prise en direction du Moulin-des-Prés. La butte-aux-Cailles est à gauche cachée partiellement par les arbres. Le futur carrefour Italie-Tolbiac est repérable par le clocher de la chapelle Bréa à droite.
La Cloche — 4 janvier 1870
Pendant que les Parisiens du boulevard flânent du péron de Tortoni au café de Madrid, moi, qui suis voyageur par tempérament, j’aime à explorer ces régions inconnues où les maisons lézardées font la grimace au passant, où le candélabre à gaz est un luxe inconnu, où le classique réverbère de nos ancêtres grince au bout de sa potence.
Je sais dans un coin du 13e arrondissement une région ignorée où une bonne partie de la laborieuse corporation des chiffonniers a son quartier général.
Cette région est arrosée par la nauséabonde rivière de Bièvre, dont un des bras prend, à cet endroit, le nom de rivière morte. Entre cette rivière morte et la Bièvre proprement dite, s’étendent des terrains de l'aspect le plus pastoral où les blanchisseuses d’alentour font sécher leur linge sur des piquets.
Là, on est à cent lieues du faubourg Montmartre,
Ces terrains sont submersibles; c’est-à-dire que, pour peu que l’année soit pluvieuse, ils disparaissent sous l’eau pendant un temps plus ou moins prolongé.
Depuis longtemps: déjà, les habitants de ces parages se plaignent à l’administration de l’état d’abandon dans lequel on les laisse, des exhalaisons malsaines auxquelles ils sont en proie, des accidents de toute nature qui en résultent.
Jusqu’ici leurs plaintes sont restées vaines.
L’ouverture et la viabilité de la portion de la rue du Transit comprise entre la rue de la Glacière et celle du Château des Rentiers modifiera profondément cette section du treizième arrondissement.
Mais en attendant, l’habitant souffre, non sans murmurer, par exemple.
C’est de ce côté qu’on trouve encore des vestiges des jardins plantés au dix-huitième siècle par les gens du bel-air qui y avaient installé leurs petites maisons, où l’on venait se délasser en famille de l’étiquette gênante des cours.
En ce temps-là, les tanneries, mégisseries, teintureries, peausseries, savonneries, fabriques de produits chimiques et de chandelles n’envoyaient pas encore leurs émanations délétères sous les ombreuses charmilles des gentilshommes en partie fine, bien que Jean Gobeün eût déjà, dès le quinzième siècle, apporté son industrie de la teinture des draps sur les bords alors fleuris de la Bièvre.

