Promenades

 Le boulevard Saint-Marcel et le marché aux chevaux - 1883

Le boulevard Saint-Marcel et le marché aux chevaux

Extrait de Paris pittoresque — 1883
Marché aux chevaux, entrée sur le boulevard de l'Hôpital -Henri Godefroy - 1909
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Quelques pas plus loin passe le boulevard Saint-Marcel, avec son Marché aux chevaux qui a une entrée sur le boulevard de l'Hôpital. Nous pouvons nous arrêter un moment ; c'est jour de marché : le coup d'œil est pittoresque. Il y a déjà plus de trois siècles qu'il existe un Marché aux chevaux. Le premier remonte au commencement du règne de Henri III ; il fut bâti dans les cours et jardins de l'hôtel des Tournelles. En 1604, on le transporta sur un terrain qu’occupe aujourd'hui le boulevard des Capucines. En 1639, François Barajon, valet de chambre et apothicaire du roi, obtint le privilège d'établir un Marché aux chevaux dans le faubourg Saint-Victor. Louis XVI, le 7 septembre 1787, en fit faire l'acquisition par le lieutenant général de police, et, le 30 janvier 1811, un décret impérial le concéda définitivement à la ville de Paris.

Le marché aux chevaux

Le Marché aux chevaux a été déplacé provisoirement lors du percement du boulevard Saint-Marcel, et installé sur le boulevard d'Enfer; mais je ne sais en vertu de quelle loi naturelle tout ce monde de marchands, de chevaux et d 'acheteurs, se sentait dépaysé dans cet exil temporaire; les maquignons n'avaient plus la même vivacité d'esprit pour duper leurs acheteurs, et les acheteurs se montraient plus rétifs ; les chevaux même ne se piquaient plus d 'honneur. Aussi, conformément à une délibération du conseil municipal, en date du 17 mars 1875, le Marché aux chevaux a été rebâti définitivement sur les terrains de l'ancien Marché restant libres après le percement du boulevard, et augmentés des terrains contigus. L 'architecte, M. Magne, fut chargé de la construction.

Le nouveau Marché occupe une superficie de 20,000 mètres ; l'ancien n'avait que 16,980 mètres carrés. L'entrée principale sur le boulevard de l'Hôpital est formée de trois portes pour le service des chevaux et des fourrages, et de deux portes pour les piétons. À côté de ces portes sont les pavillons du concierge et du receveur. À l'angle de deux boulevards, se trouve la buvette avec terrasse plantée. Ce n'est pas la partie la moins utile de ce Marché : combien de ventes importantes sont terminées à l'amiable, le verre en main ! Le marchand a l 'air si bon enfant, le client devient plus confiant, les transactions sont bien plus faciles : on trompe et on est trompé avec plus d'entrain.

L'entrée sur le boulevard Saint-Marcel est flanquée de deux bâtiments affectés au receveur et au poste des gardiens de la paix; au premier étage logent deux employés.

Les trois portes qui forment l'entrée principale s'ouvrent sur une avenue de 12 mètres de largeur qui dessert, à l'est, le parc pour cent cinquante voitures, et, au sud, les stalles pour cent chevaux avec les bureaux pour la vente à l'encan. À l’extrémité de cette avenue et dans l'axe, un plateau planté d'arbres qui peut servir de refuge au public ; ce plateau se termine aux deux bouts par deux grandes vasques avec colonnes lampadaires, où les chevaux peuvent s'abreuver ; au centre du plateau, on a installé les bureaux de l'inspecteur de police et du vétérinaire ; à droite et à gauche sont deux chaussées parallèles formant la piste dont le développement est de 288 mètres. À la suite, sont symétriquement disposés six rangs de stalles en forme de cirque, pour l'exposition des chevaux : mille chevaux y peuvent trouver place.

L'entrée qui donne sur le boulevard Saint-Marcel dessert principalement l’essai pour les chevaux de trait ; l'essai, qui a la forme elliptique, contient deux rampes en fer à cheval ; entre ces rampes s'étend un plateau, et, à l'extrémité, une remise voûtée pour mettre à l’abri les voitures et les harnais qui servent à essayer les chevaux.

Le parcours d'essai

Tout ce que nous venons de dire constitue la partie matérielle du Marché aux chevaux ; c'est la moins intéressante ; mais si vous aimez le pittoresque, si vous voulez faire des études de mœurs, si vous désirez rire aux dépens du prochain, décidez-vous à une promenade au boulevard Saint-Marcel, un samedi, par exemple. Certes, vous n'y verrez pas les plus beaux échantillons de la plus noble conquête que l'homme ait jamais faite ; les habitués de cet endroit sont des chevaux de travail, naguère peut-être chevaux de luxe ; ils y viennent souvent au nombre de sept cents, huit cents, mille parfois ; les acheteurs sont de braves commerçants, des cultivateurs, des bouchers, qui ne tiennent pas à l'élégance des formes ; mais vous n'y rencontrerez pas les délégués des compagnies des Omnibus ou des Petites-Voitures : ils connaissent trop bien la valeur de cette marchandise, et leurs chevaux ne font des apparitions sur ce Marché qu'à la fin de leur carrière, après avoir usé pendant quelques années le pavé de Paris : hélas ! c’est un funeste présage pour eux, ils ne sont guère bons désormais qu'à tourner toute une journée pour arroser les jardins d'un maraîcher ; quand les derniers restes de leur force se sont épuisés à ce triste métier, ils n'ont plus à espérer que le coup de grâce de l'équarrisseur, ou la boutique du boucher hippophagique sous forme de saucisson.

Acheteurs et vendeurs du marché aux chevaux

Les maquignons et en général tous les hommes qui vivent du cheval ne cherchent qu’une chose dans les ventes : tromper, duper le plus possible. Celui qui achète doit toujours s 'y attendre, c'est admis. Plus un maquignon a dupé son acheteur, plus il a l'estime de ses confrères. Si la loyauté et la bonne foi étaient bannies du reste de la terre, il ne faudrait pas la chercher au Marché aux chevaux. La loi même ne peut rien ; on trouve toujours le moyen de l'éluder, de la côtoyer, et rarement le marchand se met en faute. Nul n'est adroit comme les gens de cette profession pour habiller un cheval. Vous vendez une rosse, trois jours après vous rachetez votre cheval sans vous en apercevoir — immédiatement ; — il a l'air fringant, vif, alerte ; vous êtes content de votre acquisition ; ce qui vous paraît singulier, c'est que l'animal sait parfaitement le chemin de l'écurie et va de lui-même voir s'il y a de l'avoine au râtelier.

On composerait un volume avec les procédés ingénieux mis en usage par les maquignons ; il y a plus d'intrigues, il se dépense plus d'invention machiavélique dans un seul marché que dans une année de drames à l'Ambigu, à la Porte-Saint-Martin, au Château-d'Eau et même aux Nations ; on y débite plus de discours insinuants, plus de propos menteurs, plus de serments fallacieux que dans une séance législative. O Mercure ! ô dieu des voleurs ! ton culte sera florissant tant qu’il y aura des marchands de chevaux.

Remarquez bien, je vous prie, que je ne parle pas seulement des humbles industriels qui exploitent — exploiter est bien le mot — le Marché du boulevard Saint-Marcel. Les gros négociants, qui ont de belles écuries, et qui vendent — authentiquement — la postérité des Gladiateur, des Vermuth, de tous les grands vainqueurs aux jeux olympiques, n'ont rien à envier à leurs modestes confrères ; ils trompent mieux et avec plus de profit, voilà tout ; ils ne s'en croient pas moins honnêtes hommes pour cela, et figurent parfaitement parmi les membres d'un jury désigné pour condamner un voleur.

Quittons cet antre, cette caverne de faiseurs ; plaignons les clients, plaignons surtout les pauvres chevaux, dont la vie tout entière n'est qu'une suite de privations, de misères, de souffrances, de coups. Pauvres animaux, qu'ont-ils fait à la nature ? quels crimes ont-ils commis ? Ils passent leur existence à rendre service, et que reçoivent-ils en échange ? On dira : « Ils ont leur jour de triomphe : les hippodromes, les champs de course, Auteuil, Longchamp, Chantilly, Epsom, ont été témoins de leur gloire; les champs de bataille les ont vus partager les lauriers de leurs cavaliers ! Hélas ! combien ils préféreraient, comme leurs frères sauvages, errer en liberté dans les forêts et les savanes ! Combien la description sublime du livre de Job, les beaux vers de Virgile, même traduits par l'abbé Delille, combien la belle page de Buffon les laisseraient froids s'ils pouvaient les lire ! Être la plus noble conquête de l'homme et finir à l'abattoir ou — ô honte ! — chez les charcutiers du marché des Patriarches !

Le boulevard Saint-Marcel, longtemps désert, commence à se peupler. De grandes maisons neuves, pareilles, hélas ! à toutes celles que la spéculation élève à Paris, bordent ses deux côtés à droite et à gauche ; mais les maisons ont beau se montrer neuves, blanches, éblouissantes, elles ont déjà la physionomie des quartiers pauvres ; elles ont honte de leur éclat, et, pour se le faire pardonner, on les voit arborer à toutes les fenêtres, en guise d'étendards, des draps ou des langes que les ménagères font sécher au soleil.

Au point d'intersection du boulevard Saint-Marcel et du boulevard de l'Hôpital, à droite en se dirigeant vers la Seine, se trouve la Salpêtrière ; un peu plus loin à gauche, un coin du jardin des Plantes. Nous ne nous arrêterons ni là ni ici, et nous nous dirigerons vers le pont d'Austerlitz. Saluons en passant le nom du général Valhubert, ce vieux brave, bien ignoré, qui mériterait une statue, et qui, en attendant, a donné son nom à une modeste place et a inspiré un poème touchant à François Coppée.

A. de Champeaux et F.-E. Adam

 



Les promenades

Le boulevard Saint-Marcel et le marché aux chevaux

Quelques pas plus loin passe le boulevard Saint-Marcel, avec son Marché aux chevaux qui a une entrée sur le boulevard de l'Hôpital.

Paris pittoresque (1883)

La Maison-Blanche

Topographiquement, un vaste trapèze, compris entre la place d’Italie, l’avenue de Choisy, le parc Montsouris et les fortifications.

La Cocarde (1894)

De la Salpêtrière à la Maison-Blanche

Une promenade au départ du pont d'Austerlitz jusqu'au boulevard Blanqui à travers le faubourg Saint-Marceau

La France (1908)

Les promenades
de Georges Cain

Le long de la Bièvre : la ruelle des Gobelins, le passage Moret, le Champ de l'alouette (1905)

Le Figaro (1905).

Autour de la Bièvre : Le logis de la Reine Blanche — L’ile aux singes

Le Figaro (1907).

Un coin du vieux Paris victime de la guerre

Les annales politiques et littéraires (1917)

Les jardins des Gobelins
et l’hôtel de Scipion Sardini

Une promenade au départ de la ruelle des Gobelins

La Revue hebdomadaire (1921)

Le roman de la Bièvre
par Élie Richard

Chapitre IV

Chapitre V

Chapitre VII

Chapitre IX

1922

Les quartiers
qui changent de visage

Une promenade à l’ancienne Butte-aux-Cailles

L'Intransigeant (1923)

Paysages parisiens
par L. Paillard

Sur la Butte-aux-Cailles

Le Petit-Journal (1925)

En villégiature à Paris

La Butte-aux-Cailles prend le frais

Le Siècle (1926)

Découvertes de Paris

Paysages tentaculaires

L'ère nouvelle (1926)

Les gosses en marge
par R. Archambault

1 - Dans l'ombre de la Cité Jeanne-d'Arc.

2 - Une leçon d'école… charbonnière.

3 - Ici on est nourri gratis.

4 - La naissance d’un clown.

5 - Petites fugues sur un thème banal

6 - Ceux de la Glacière, rois des chapardeurs.

7 - Les bonnes opinions sont celles qui font vivre.

8 - Et quand ils seront grands.

Paris-Soir (1929)

Promenade à travers Paris

Là où jadis coulait la Bièvre

Le Matin (1929)

La Tournée
par Élie Richard

V - Autour de la Butte-aux-Cailles :

VI - Le Faubourg Souffrant :

XII - Envers de la gloire

Paris-Soir (1930)

Retour à la terre

Ce matin, au bord de la Bièvre, dans les jardins des Reculettes

L'Intransigeant (1930)

Les vestiges
pittoresques du passé

de la Butte-aux-Cailles aux Gobelins

Le Journal (1931)

Claude Blanchard

La Glacière et les Gobelins

Le Petit Parisien (1931)

Paris 1933

Le Treizième arrondissement

Le Journal (1933)

Jacques Audiberti

Les ilots de la misère

Le Petit Parisien (1937)

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