Un jour dans le 13e

 paris-treizieme.fr — 30 novembre 1870

30 novembre 1870

Journal des débats politiques et littéraires — 1er décembre 1870

La foule se dirigeait aujourd'hui encore, à partir de midi, du côté de la porte d'Italie. Mais cette fois elle n'encombrait point très longtemps les contre-allées ni la route. En effet, il ne se passait rien de ce côté et, de plus, les remparts des fortifications sont beaucoup trop élevés pour permettre de distinguer quelque chose.

Aspects de la porte d'Italie dans la journée du 2 décembre 1870 - Source : Le Monde Illustré

Vers trois heures nous voyons amener à l'ambulance de rempart établie 145, avenue d’Italie, un certain nombre de soldats blessés. Ils sont généralement blessés au bras ou à la main gauche. Quelques-uns ont été atteints à la jambe. Deux gardes mobiles et un artilleur sont blessés au bras droit. Ces soldats sont tous munis de leurs effets de campement. Aucun n'a abandonné son fusil. Ils sont transportés dans les immenses voitures traînées par trois chevaux appartenant à la raffinerie de M. Constant Say. Le public se presse aux abords de l'ambulance et autour de ces voitures, dans l'espoir d'obtenir quelques renseignements de la part des blessés ; il est malheureusement fort désappointé car ceux-ci ne savent pas grand-chose.

On entend depuis le matin la canonnade qui ne cesse de gronder du côté de la Marne.

Nous suivons à droite le boulevard Kellermann au coin de la rue Damesme, des groupes sont installés sur un tertre d'où l'on découvre, à l'extrême droite, dans le lointain, les hauteurs de Clamart et de Châtillon, plus près, le viaduc d'Arcueil, Cachan, la redoute des Hautes-Bruyères, et en face, le fort de Bicêtre. Le plus grand calme semble régner dans ces parages. Nous revenons sur nos pas par le boulevard Kellermann. Devant un bastion occupé par la garde nationale sédentaire nous rencontrons plusieurs voitures remplies de vivres qu'escortent des soldats d'un bataillon de marche de la garde nationale. Le public se précipite vers eux et les accable de questions ; c'est eu vain, car le sergent-major qui les commande leur donne l'ordre formel de ne dire absolument rien.

Les routes de Choisy et d'Ivry, qui hier étaient entièrement désertes, sont aujourd'hui encombrées de voitures amenant des curieux.

La foule est considérable à partir de la porte d'Ivry jusqu'à la rue de Patay.

La foule est considérable à partir de la porte d'Ivry jusqu'à la rue de Patay. Elle couvre de nombreuses éminences de terre. De ces hauteurs on peut assez bien se rendre compte, l'aide d'une bonne lorgnette, de l'endroit où ont lieu les engagements de nos troupes au-delà de la Marne. On distingue également les bombes envoyées par nos pièces ou celles qui sont lancées par l'ennemi.

Depuis midi jusqu'à cinq heures, par suite de la violence de la canonnade, le public a pu juger parfaitement de l'étendue du terrain où l'action était engagée, et de constater d'heure en heure le progrès que faisaient peu à peu nos troupes par l'éloignement du bruit de cette même canonnade.

A cinq heures, les détonations deviennent moins fréquentes. La nuit arrive promptement. On aperçoit mieux les bombes qui éclatent, ainsi que le jet de lumière qui se produit à chaque coup de canon.

La défense de Paris : un poste de la garde nationale à l'une des portes de l'enceinte fortifiée.

A six heures nous regagnons la gare d'Ivry et les quais. Les bateaux-mouches, réquisitionnés par l'autorité pour le service des ambulances, descendent la Seine. Ils à amènent des blessés. Quelques-uns de ces bateaux s'arrêtent près du pont d'Austerlitz. Les blessés sont transportés à l'ambulance du Jardin des Plantes. Les plus grièvement atteints sont placés sur des brancards et sont complètement recouverts à l'aide d'une épaisse couverture, afin de les préserver du froid excessif qui sévit ce soir. Des fiacres réquisitionnés conduisent d'autres blessés dans des ambulances particulières.

D'autres bateaux-mouches descendent à la station établie au quai du pont des Tournelles une dizaine d'omnibus de la Compagnie générale s'emplissent de blessés qu'ils conduisent aux ambulances des Tuileries, du Louvre, ou du Palais de l'Industrie.

Pendant l'après-midi, un grand nombre de voitures de toute espèce descendaient la rue de Rivoli et transportaient dans diverses ambulances des militaires blessés dans cette bataille.

P. David.


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