Dans la presse...



Dans l’étau des grands buildings

La naissance de la zone

Le Matin — 5 octobre 1931

Sous la poussée des grands immeubles, Paris déborde son ancienne ceinture de remparts. Mais la zone, qui fut comme la frange de celle-ci, se défend encore. Pierre Humbourg a exploré ce curieux « pays », aux allures de Cour des Miracles, où s'affaire une population laborieuse. Et il va dire ici ce qu'il a vu au cours de ce tout proche voyage circulaire autour de Paris.

Le 13 janvier 1841, un petit homme sec, sanglé dans une redingote sévère, monta à la tribune du Corps législatif et lut, par-dessus ses lunettes, d'une voix tantôt aigre, tantôt lasse, un discours à la fois long et substantiel sur l'urgence de fortifier Paris :

— La proposition de fortifier Paris, lança M. Thiers, n'est pas une question de circonstance, car il y a un siècle et demi Vauban en conçut la pensée il y a un quart de siècle cette pensée occupa le génie de Napoléon. C'est au milieu même des prospérités de Louis XIV que Vauban imagina de fortifier Paris c'est au retour de la grande campagne d'Austerlitz que Napoléon y pensa la première fois.

Le Moniteur du 14 janvier répandit le discours à travers Paris. La France était en paix, la vie y était enthousiasme. Le 26 janvier, M. Thiers revient à la charge et il affirme qu'en 1815 Napoléon donna l'ordre au général Haxo de commencer les fortifications. Le 1er février, la loi était votée. Du même coup, la zone actuelle était née.

Trente-trois kilomètres de murs inutiles allaient étouffer Paris durant près d'un siècle. Et il est à présumer que, réfugié à Versailles, M. Thiers dut plus d'une fois déplorer son fastueux et stérile projet. Les murs ne résistent pas à une armée en marche.

Un publiciste de l'époque écrivait en 1844 :

« On a cherché le plus possible à éviter les propriétés existantes et à se tenir à une distance de la ville proprement dite, afin que la défense soit en dehors du contact de la population. »

Pour accroître une aussi vaine sollicitude, on exigea qu'une bande de terrain de 250 mètres, à l'extérieur des glacis, demeurerait vide de tout logis.

Pas plus la ville que ce no man's land aujourd'hui, la zone ne devait résister aux armées de Bismarck, et la Bertha de 1918 mit fin à la mystique de Paris, camp fortifié.

L'œuvre de M. Thiers était condamnée à mort. La pioche des démolisseurs entama les bastions. Les fortifications de Louis-Philippe, de Trochu, les « fortifs » de Bruant, de Richepin, de tous les chansonniers sont mortes.

Seule, la zone lutte encore entre Paris qui éclate hors de ses limites et la banlieue.

 Le mur d'enceinte, affirmait M. Le Roux de Lincy en 1843, résistera plusieurs semaines à quelque détresse que l'on suppose réduite notre capitale.

Il n'a pas résisté à un décret-loi, ni à cette poussée monstrueuse d'une ville qui étouffe, qui veut vivre, s'agrandir, qui ne croit plus aux « fortifs ».

Mais elle, la zone, a résisté ; elle résiste, verte et triste, inconfortable et parfois très sale, à l'étreinte des usines qui digèrent leurs matières premières et des grands blocs de maisons qui s'élèvent un peu partout sur les fossés à jamais nivelés.

Elle est là avec ses rues, ses jardins, ses maisons, ses baraques de bois, ses roulottes qui s'enterrent, ses haies de lissier touffu, son négoce, sa brocante, son grouillement avec le rire de ses enfants, le labeur obscur des hommes avec ses ménagères, ses petits artisans.

Sur la colline artificielle des anciens glacis, elle s'agrippe ; ses jardins sont drus et bien en ordre, des plaques d'émail donnent un nom de villa à de vieux camions cul-de-jatte qui offrent l'abri précaire d'un toit.

C'est vers elle que reviennent au soir tombant, les gitanes multicolores qui savent déchiffrer les aiguillages des lignes de la main. C'est dans la zone qu'on retrouve les objets inutiles qui ornent par spasmes les vitrines des collectionneurs.

Ces quatre planches couvertes de carton bitumé sont un café cette roulotte, une épicerie.

Vous vous plaigniez de ne pas trouver d'appartement ? Je sais vingt masures à vendre avec bail à céder.

Des hommes ne sachant où loger ont signé des baux avec l'inconfort. Mais combien tous furent ingénieux pour aménager l'abri.

A l'origine, la maison de la zone n'était qu'un abri dans un jardin. L'abri a mangé les salades. Il a maintenant les limites du lopin de terre, et sur son seuil un tournesol baisse tristement la tête.

La zone est le refuge des roses, de la vieillerie, des soleils et des chiens méchants.

Chaque barrière de bois s'orne de la même phrase « Attention, chien dangereux ». Ils sont tous là, et ils aboient, ils hurlent, tirent la langue ou dorment à l'ombre pourpre d'un beau massif de dahlias.

Paris s'approvisionne au loin ; les trains d'Arpajon troublent la nuit le quartier de l'Observatoire ; la zone mange ses légumes, voit pondre ses œufs, tue ses lapins, et vend les peaux !

Menacée sans cesse, elle se serre frileusement. Les zoniers ont leurs syndicats de défense, leur programme, leur urbanisme. Ils ne tirent nul orgueil de leur inconfort et aimeraient une hygiène plus stricte. Mais ils sont là. Ils y demeurent en attendant mieux.

J'ai, durant des jours et des jours, parcouru à pied toute cette ceinture de Paris, mes yeux ont erré des jardins aux cours encombrées de débris ; j'ai vu la grâce d'un rosier s'incliner vers la boue d'une fondrière.

Les fleurs ne peuvent pas toujours l'emporter contre cette odeur d'humus des vieilles choses : odeurs des bois vermoulus et humides, odeur de la rouille, et peut-être aussi l'odeur du malheur et de la mort odeur de suie de ce chalet emporté en quelques minutes par un incendie.

Mais il y a la surprise d'un grand coupon d'herbe où dorment des hommes, où jouent des enfants, où cousent des femmes qui incline à goûter mieux le soleil blanc de l'automne.

Au hasard des pas naissent des souvenirs, de grands noms s'agitent encore dans ces rues déshéritées. Demain — dans combien de mois, d'années ? — la zone ne sera plus qu'un souvenir. Ce siècle est ivre de vitesse, bêtes et gens, villes et villages meurent plus vite que jadis. Qui se souviendra encore de la rue Biron, à Saint-Ouen, de la rue du Chemin-de-Fer, à Aubervilliers ?

Pierre Humbourg

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Sur la Zone...

Le commencement de la fin de la Zone

Les articles d'Émile Condroyer

La capitale démantelée (1930)

Autres textes d'Émile Condroyer

Dans l’étau des grands buildings (Série d'articles de Pierre Humbourg - 1931)

Divers aspects de la zone dans les années 30

Les Zoniers

Faits divers

Saviez-vous que ...

35.892 électeurs étaient inscrits sur les listes du 13ème pour le premier tour des élections municipales du 3 mai 1925. 30.289 votèrent. Seul, M. Colly, du quartier de la Gare, fut élu à ce premier tour.

L'image du jour

Boulevard de l'Hôpital par Charles Marville

Vu dans la presse...

1903

La ligne Trocadéro-gare d'Orléans

Les Parisiens ayant trouvé que le mot Métropolitain était beaucoup trop long pour désigner un moyen de locomotion des plus rapides, ils ont depuis longtemps supprimé trois syllabes.
Ce n'est pas là seulement une abréviation populaire ; elle est entrée dans le langage courant ; son usage est devenu général.
Donc, on ne dit plus que : le Métro ; et on s'intéresse très vivement à tout ce qui concerne le Métro... (1903)

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1906

Victor Hugo à Gentilly en 1822

Le chemin de fer de Ceinture, presque constamment en tranchée ou souterrains sur la rive gauche de la Seine, offre cependant une agréable éclaircie. C'est lorsqu'il franchit la vallée de la Bièvre. À gauche, du côté de Paris, s'aperçoivent au loin les principaux monuments de la région Sud : l'Observatoire, le Val-de-Grâce, le Panthéon, et plus près, le pittoresque fouillis de la Butte-aux-Cailles et sa jeune église Sainte-Anne ; de l'autre côté, sur la hauteur, la sombre architecture du château de Bicêtre dominant la vallée que l'on devine derrière les fortifications, au niveau desquelles apparaît seulement le coq d'un clocher, qui est le clocher de Gentilly. (1906)

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1874

L'Œuvre des pauvres malades dans les faubourgs

L'Œuvre des pauvres malades dans les faubourgs commençait, en décembre 1873, par la visite de douze malades à Belleville. Depuis lors, elle s'est graduellement étendue aux quartiers de la Butte-aux-Cailles, de la Tombe-Issoire, de la Glacière, de Montmartre, de Clignancourt et, en dernier lieu, de Plaisance.
Cette simple énumération qui donne les parties les plus déshéritées de Paris pour champ de bataille aux courageuses missionnaires de cette œuvre de dévouement, est d'une éloquence qui dispense de tout commentaire. (1874)

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1877

Les nouvelles prisons Saint-Lazare et Sainte-Pélagie.

La nouvelle prison Saint-Lazare sera élevée dans le 13e arrondissement, sur un emplacement presque double de celui qu’elle occupe actuellement et qui est délimité par la rue de Tolbiac (qu’on perce en ce moment), la rue Nationale, le chemin de fer de ceinture et une voie projetée aboutissant à l’avenue d’Ivry. (1877)

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1879

Le nouveau pont de Tolbiac à Bercy

Il y a cinq ans, le conseil municipal de Paris décidait la réunion par un pont des deux quais de la Gare et de Bercy, afin de partager en deux l'espace de 1200 mètres environ qui sépare le pont National du pont de Bercy. Ce grand travail vient d’être commencé, et déjà le béton coulé dans des batardeaux est arrivé à la hauteur désignée pour recevoir les fondations de pierre. (1879)

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1908

L'Hôpital de la Croix-Rouge
Inauguration solennelle

Hier, à deux heures et demie de l'après-midi, bien au-delà de la place d'Italie, dans le Paris inconnu de la vallée de la Bièvre, les rues étaient par hasard noires de monde. C'était grande fête pour les pauvres, les ouvriers du faubourg déshérité, qui faisaient joyeusement la haie, accueillant avec enthousiasme ceux qui venaient planter définitivement la croix rouge au milieu d'eux. (1908)

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1867

Travaux publics

Conformément à un arrêté de M. le préfet de la Seine concernant les travaux de voirie à exécuter dans le 13e arrondissement, on va bientôt procéder à l'exécution de travaux d'agrandissement et de régularisation de la place d'Italie et de ses abords. (1867)

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1867

La future rue du Transit

Dans la portion du 13e arrondissement comprise entre la rue du Pot-au-Lait et celle de l'Espérance, un peu plus bas que la Butte-aux-Cailles, à deux pas du futur parc de Montsouris s'étend une région inhabitée, encaissée entre la Bièvre et un autre bras de ce cours d'eau qu'on appelle la Rivière morte. Ce sont des prés où les blanchisseuses font sécher leur linge sur des piquets, où les vaches, paissent, comme dans les herbages de Normandie. (1867)

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1933

Pour la sécurité des enfants

Deux petites filles ont été écrasées l'autre jour par des tramways l'une boulevard de la Gare, l'autre sur un passage clouté de l'avenue de Choisy, à la sortie d'une école, et dans des conditions si lamentables que M. Gélis, conseiller municipal, a cru devoir adresser à ce sujet une question au préfet de police. Hier encore, deux jeunes enfants ont été blessés sur la chaussée et il ne se passe presque pas de jour, hélas, qu'on n'ait à déplorer des accidents de la circulation dont sont victimes de jeunes enfants. (1933)

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1906

La Mie de Pain

Dans l’un des quartiers les plus déshérités de Paris, au delà de la place d’Italie, derrière la Butte-aux-Cailles, voici quinze hivers que, par l’inlassable dévouement d’un homme de bien, la Mie de Pain vient en aide à des milliers et des milliers de malheureux. (1906)

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1865

Le puits artésien de la Butte-aux-Cailles

Le puits artésien de la butte aux Cailles, dont nous n'avions pas visité le chantier depuis l'année dernière, est arrivé maintenant à une profondeur de 75 mètres, c'est-à-dire à 13 mètres 50 au-dessous du niveau de la mer. (1865)

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1889

Un nouveau dispensaire

Les habitants du XIIIe arrondissement viennent d'être dotés d'un dispensaire spécial pour enfants malades.
Édifié par les soins de la Société philanthropique, cet établissement est dû à la générosité de Mme Edouard André. Il se trouve, 4, rue Jean-Marie-Jégo. Pour ceux qui ne connaissent pas cette rue nouvelle et qui n'est inscrite dans aucun, indicateur, disons qu'elle est située près de la place d'Italie, à la jonction de la rue de la Butte-aux-Cailles et de la rue du Moulin-des-Prés. (1889)

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