Faits divers

 Une tragédie passage Doré - 1908

Une tragédie passage Doré

Par la corde et par le revolver

Le Petit-Journal — 13 avril 1908

Après avoir pendu sa compagne, un jeune ouvrier lui tire un coup de revolver, se pend et s’achève d'une balle.

Non loin de l'emplacement où s'ouvrira bientôt le nouvel hôpital de la Pitié, dans le treizième arrondissement de Paris, se trouve une petite cité ouvrière, le passage Doré, qui forme le prolongement de la rue Louis-Français et qui vient aboutir rue Jenner.

Ce passage, où il n'y a que de vieilles maisons, est habité par des familles d'ouvriers qui vivent là depuis des années, de père en fils, et dont les enfants, après avoir joué et grandi, ensemble, se marient entre eux et fondent, à leur tour, une famille, qui vient grossir le nombre des habitants de la cité.

Parmi ces ouvriers, l'un d'eux, Louis Denis, emballeur, âgé de vingt-cinq ans, demeurait dans un petit logement, au premier étage de l'unique débit de vins de la cité, en compagnie d'une jeune blanchisseuse de dix-huit ans, Annette Nombret, qui était sur le point de devenir mère.

Très travailleur et très sobre, Louis Denis donnait cependant de vives inquiétudes à ses parents et à ses amis. Souvent, il leur répétait :

« — Je sens qu'un jour ou l'autre je finirai mal ! »

Son caractère était sombre et il était facile de deviner qu'il était hanté par des idées de suicide.

En revenant de faire son service militaire au 153e régiment d'infanterie, à Toul, l'emballeur avait épousé la fille d'un de ses voisins, mais celle-ci mourut il y a dix- huit mois en lui laissant deux petits enfants.

Depuis la mort de sa femme, Louis Denis n'avait pas cessé d'être triste. Pourtant, il y a un an, il se mit en ménage-avec Annette Nombret avec qui il avait joué tout enfant sur les pavés du- passage.

Les deux jeunes gens vivaient, tranquillement au milieu de parents ou d'alliés et ils auraient paru très heureux si Denis n'eût pas prouvé à plusieurs reprises qu'il n'était pas guéri de son humeur sombre.

Disparus depuis deux jours

Chaque jour, Denis et sa compagne descendaient dans la salle du débit de vins et tous deux bavardaient longuement avec leurs voisins. L'étonnement de ceux-ci fut grand quand, vendredi dernier, ils ne virent ni l'emballeur, ni la blanchisseuse. On avait bien aperçu, à huit heures du matin, Annette Nombret qui, vêtue de ses habits du dimanche, était remontée chez elle après avoir été faire une commission dans le voisinage, mais depuis ce moment, elle n’avait pas reparu, et ses parents, à qui on était allé demander de ses nouvelles, étaient persuadés qu'elle ; avait dû partir subitement en voyage avec Denis. Hier matin, les deux jeunes gens ne s'étaient pas encore montrés et, comme les jours précédents, on eut beau frapper à la porte de leur chambre, nul ne répondit. Prise d'une vive inquiétude, Mme Jouve, la patronne du débit de vins, envoya son frère prévenir le commissaire de police, qui vint aussitôt passage Doré et donna l'ordre d'enfoncer la, porte du logement.

D'un violent coup d'épaule, la porte fut jetée bas, et lorsque le commissaire pénétra dans la chambre, il découvrit un horrible spectacle.

Au-dessus du lit dressé dans une petite alcôve, deux cadavres, celui de Louis Denis et celui d'Annette Nombret, couverts de sang et horriblement défigurés, étaient accrochés le long du mur.

Illustration parue dans le Petit-Journal

Sur un poêle, le commissaire de police trouva deux petits lambeaux de papier sur lesquels les deux jeunes gens avaient écrit qu'ils ne pouvaient plus supporter la vie et qu'ils avaient pris la résolution de mourir ensemble.

Lugubres préparatifs

Le drame n'était pas difficile à reconstituer, et il est évident que c'est Louis Denis qui a décidé sa compagne à disparaître avec lui. Vendredi matin, ils avaient revêtu tous les deux leurs plus beaux habits. Pendant qu'Annette Nombret sortait pendant quelques instants, l'emballeur avait enfoncé un ciseau-à- froid et un gros compas dans le mur, au-dessus de son lit.

Quand sa compagne rentra, il la fit grimper sur le montant de la tête du lit et lui passa au cou le double nœud d'une corde qu'il fixa au ciseau à froid. Montant à côté d'elle il s'enroula à son tour une corde autour de la gorge et l'attacha à l'extrémité du compas.

Lorsque ces tragiques préparatifs furent terminés, et après un suprême adieu, il appuya le canon d'un revolver sur le front de la jeune femme et il pressa la détente ; puis il retourna son arme contre lui- même et se tira deux coups de feu, le premier dans la poitrine et le second dans la tête.

La mort avait dû être foudroyante pour Denis, mais la jeune femme avait dû avoir une affreuse agonie. Le projectile, entré par une tempe, était ressorti par l'autre, et, en se débat tant, la malheureuse s'était coupé la langue avec ses dents.

Les deux cadavres étaient déjà décomposés, et la figure des deux morts, complètement bleuie, était horrible à voir.

On coupa les cordes qui les tenaient pendus contre le mur, et on les étendit côte à côte sur le lit, en attendant-le transport à la Morgue.

Louis Denis n'avait plus ni son père ni sa mère. Son frère, ouvrier comme lui, qu'on était allé prévenir, accourut aussitôt, mais au moment de pénétrer dans la chambre ou le drame s'était passé, le courage lui manqua.

Quant à la blanchisseuse, ce fut son père, un brave charretier, qui vint la reconnaître.

Pendant que, le commissaire de police procédait à ces tristes opérations, les deux enfants de l'ouvrier jouaient dans le passage avec leurs petits camarades, sans se douter que désormais ils étaient orphelins.



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L'École Estienne est installée à son emplacement actuel depuis novembre 1889 mais n'a été inaugurée que le 1er juillet 1896 par le président de la République, M. Félix Faure.

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Le pont d'Austerlitz entre la place Walhubert et la place Mazas a été construit de 1802 à 1807 par Beaupré. Ses arches sont en pierre depuis 1854-1855 en remplacement des arches en fer fondu de la première construction.

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Jusqu'en 1884, la place de Rungis, construite sur les vestiges des étangs de la Glacière et voisine de la gare de marchandises, porta le nom de place Barrault. La même année, la voie nouvelle tracée entre la rue du Pot-au-Lait et la gare de Gentilly, ceinture, prit le nom de rue de Rungis.

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C'est le 22 octobre 1944 que le jardin des Gobelins, encore appelé square des Gobelins depuis son inauguration en mai 1938, prit le nom de square René Le Gall mais contrairement à la légende véhiculée habituellement par le parti communiste, René Le Gall n'est absolument pour rien dans la création de ce jardin qui résulte d'une convention conclue en 1934 entre l'Etat et la ville de Paris, en vue de la réimplantation du mobilier National dans le 13e dont les terrains d'assise situés en bordure de l'avenue Rapp devaient être libérés en vue de l'exposition internationale de 1937.

L'image du jour

Percement de l'avenue des Gobelins (1868)

La vue est prise de la place d'Italie dont on abaisse le niveau de près de deux mètres pour la pente de la nouvelle avenue soit moins forte. La construction métallique à droite, c'est le marché couvert des Gobelins. Il fonctionnera jusqu'à la fin du siècle avant d'être remplacé par le marché Blanqui. Avec l'ouverture de la rue Primatice, le marché couvert sera coupé en deux. La partie côté Gobelins sera démolie ; la partie côté boulevard de l'Hôpital subsistera jusqu'aux années 1970.  ♦