Une nouvelle Cour des Miracles - 1925

Une nouvelle Cour des Miracles

Les maisons sans toit du passage Moret

Paris-Soir — 31 aout 1925
 
Le passage Moret par Germain Delatousche - 1935

Vous ne connaissez pas le passage Moret, cela n'est pas surprenant, car, sauf ses malheureux habitants, leur conseiller municipal qui se débat comme un diable pour les secourir, chacun à l'envi les oublie. Chaque fois que les représentants de l'administration se souviennent de ce restant de l'Ile des Singes, c'est pour lui causer un dommage nouveau.

Le passage Moret est une petite voie privée du quartier des Gobelins.

Le passage a 230 mètres de longueur, et, en certains endroits, 3 mètres de largeur ; il y a des cours, des placettes, des masures en torchis et en lattis, des appentis croulants, des auvents mal assurés protégeant des escaliers aux marches caduques et mal jointes, aussi mal jointes que les ouvertures fenêtres et portes : un tableau de Cour des Miracles, aussi pittoresque que peint par un décorateur moyenâgeux.

Le malheur est que, dans ce pittoresque affreusement misérable, vivent une centaine de personnes.

Le Conseil municipal avait, il y a longtemps condamné cet îlot comme trop insalubre ; mais, l'argent manquant, la démolition n'a pu être encore effectuée et les immeubles condamnés continuent à être habités.

Ces maisons étant destinées à être démolies ne sont plus entretenues. Elles étaient dans un état lamentable, on est arrivé à en exagérer la cruauté.

Ces maisons sans toit ont des locataires soulignait Paris-Soir

L'une d'elles, le numéro 11, possession de la Ville, n'avait plus de toiture. On a remplacé le zinc par du carton bitumé qui ne résista pas aux derniers orages. Les chambres s'emplirent d'eau par le haut, comme autrefois elles s'emplissaient de l'eau de la Bièvre par le bas. Et ces pauvres gens sont plus malheureux et plus maltraités dans leurs réduits que lorsqu'ils n'étaient pas sous la protection tutélaire de l'Assainissement et de l'Hygiène publique.

On imagine facilement la vie de ces malheureux dont les meubles, les lits sont inondés à chaque averse et sur qui souffle chaque nuit l'orage ou la tempête.

Pourtant ces locataires paient un loyer ! La Ville touche ses termes avec exactitude : soi disant, elle les loge ! On voit comment cette clause du contrat est suivie dans la pratique passage Moret.

Et comme chaque fois que l’on approche de près ou de loin l'administration, nous trouvons dans cette sinistre aventure un côté burlesque.

Un des locataires, en règle pour son terme, en attendant l'opération principale de la réfection du toit, avait demandé que son logement, qui en avait besoin, fut peint à neuf. On accéda à cette demande légitime.

Les cataractes du ciel, bouleversant la plaque de carton bitumé ont eu vivement raison de cette mise en couleur fraîche.

On a fait repeindre des murs croulants, mais où ne couvre pas la maison !

Pourquoi ces malheureux locataires du passage Moret restent-ils en ces taudis ? demandera-t-on.

C'est que, si mal logés qu'ils soient, ils le sont. Donc, ils partiraient volontiers, à la condition qu'un nouveau logement, habitable, leur soit attribué. Quand pourrait-il l'être ?

Le problème devient angoissant.

L. M.

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Le viaduc de la Bièvre

On continue à s'occuper très sérieusement du tracé du chemin de fer de ceinture sur la rive gauche ; les études du pont à jeter sur la Seine et celles du viaduc dans la vallée de la Bièvre sont maintenant terminées. (1861)

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Une nouvelle Cour des Miracles

Vous ne connaissez pas le passage Moret, cela n'est pas surprenant, car, sauf ses malheureux habitants, leur conseiller municipal qui se débat comme un diable pour les secourir, chacun à l'envi les oublie. Chaque fois que les représentants de l'administration se souviennent de ce restant de l'Ile des Singes, c'est pour lui causer un dommage nouveau. (1925)

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Les habitants du passage Moret vont être « clos et couverts »

Les pauvres et déplorables locataires de la ville de Paris, dans son domaine de l'Ile des Singes, partie dénommée sur la nomenclature le Passage Moret, vont apprendre avec joie que l'inondation de leurs taudis, par en haut, va cesser à bref délai. (1925)

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Un propriétaire avait vendu 100 francs son immeuble à ses locataires

Dans le populeux quartier des Gobelins, il est un groupe de gens à qui l'on a mis le bonheur — bonheur relatif, d'ailleurs — à portée de la main, et qui se disputent au lieu de le cueillir sagement. Ces gens demeurent sous le même toit, 9, passage Moret, voie vétuste qui semble être restée dans le même état qu'au temps des mousquetaires. (1926)

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La Ville de Paris osera-t-elle jeter à la rue les locataires du passage Moret ?

La Ville de Paris, qui loue pour rien les luxueux pavillons du Bois de Boulogne aux jouisseurs et aux parasites, veut expulser de malheureux travailleurs de logements peu confortables certes, mais pour lesquels ils paient un lourd loyer. (1927)

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La Ville de Paris est parvenue à faire expulser les locataires

Les locataires n'étaient pas plutôt dans la rue que des démolisseurs se mettaient à l'ouvrage pour le compte d'un garage Renault qui fait procéder à des agrandissements.
Ainsi les limousines des exploiteurs seront à l'abri et les locataires logeront où et comme ils pourront. (1927)

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Dans le passage Moret où règne la misère

Que l'on démolisse les taudis, nids à tuberculose qui pullulent dans la « Ville-Lumière », nous n'y trouverons rien redire, au contraire ! Mais que sous prétexte d'assainissement, comme cela s'est produit passage Moret, on expulse, en 21 jours, au profit d'un garage, des malheureux que l’on a finalement « logés » dans des taudis sans nom, c'est un véritable scandale ! (1927)

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Oasis faubourienne

Tout un coin de Paris est en train de se modifier singulièrement. Huysmans ne reconnaîtrait plus sa Bièvre. Non seulement le ruisseau nauséabond est maintenant couvert depuis bien des années, mais le sinistre passage Moret a presque complètement disparu de la topographie parisienne et, au milieu de cette année, les fameux jardins dont la jouissance était réservée aux tisseurs et dessinateurs de la Manufacture des Gobelins, vergers en friche qui, quelquefois, servaient de dépôt d'ordures aux gens du quartier, auront perdu leur aspect de Paradou abandonné. (1937)

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Un jardin unique en son genre, celui des Gobelins, va être inauguré la semaine prochaine

Paris aura la semaine prochaine un nouveau jardin public, un très beau jardin. Il n’en possédera jamais trop !
Le fait est d’autant plus intéressant que ce nouveau jardin se trouve dans un arrondissement, au reste fort peuplé, le 13e, qui, il y a encore un an, ne possédait pas le moindre square. (1938)

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Aux Gobelins: le nouveau jardin a été inauguré et ouvert au public

Hier matin, était inauguré, dans le quartier Croulebarbe, un nouveau jardin public. II s'étend sur 22.500 mètres carrés, derrière la Manufacture des Gobelins et le Garde-Meubles National.
C'est à Émile Deslandres que l'on doit cette initiative. Ayant représenté pendant plus de vingt-cinq années ce quartier, au nom du Socialisme, il s’était penché sur les misères et les besoins de la classe ouvrière dont il était lui-même. (1938)

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Les travaux de construction de la rue de Tolbiac

Les transformations de la rue d'AIésia se font, avec une rapidité vertigineuse, dans le prolongement de cette voie, au-delà de rue de la Glacière.
Dans cette partie, la nouvelle rue prendra le nom de rue Tolbiac, et sera poussée jusqu'à l'avenue d'Italie. (1877)

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Cuir de Russie

La Butte-aux-Cailles, ce n'est plus Paris; ce n'est pas, non plus, la banlieue, encore moins la province : c'est la Butte-aux-Cailles, et voilà tout. (1885)

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